juliette guidoni


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L’horizon des évènements
Duo show w/ Chloé Mossessian, commissariat : Alice Narcy, galerie du Crous, 75006 Paris, mai 2022
Texte(s) de Marianne De Cambiaire et Alice Narcy

« L’horizon des événements est une exposition pensée par Juliette Guidoni et Chloé Mossessian et qui ambitionne d’offrir au regardeur un temps de suspension – littéralement, un « temps d’arrêt ». Le cinéma et la photographie nous invitent à une dé-familiarisation de notre conscience du temps, ce n’est pas sans résonance avec le sentiment contemporain d’une certaine accélération, donnant lieu à une véritable crise du temps. Les œuvres exposées ici sont des fenêtres sur le temps, et l’exposition toute entière se contemple, lentement. (...) L’expression « horizon des évènements » est employée pour la première fois au milieu des années 1950 par le physicien autrichien Wolfgang Rindler. Selon ses mots, celle-ci désigne « pour un observateur fondamental donné A, une surface dans l’espace-temps qui divise tous les événements en deux classes (...) : ceux qui ont été, sont ou seront observables par A, et ceux qui sont à jamais en dehors des possibilités d’observation de A. Appliquée à l’image, cette idée d’une ligne de partage entre des événements perceptibles, d’une part, et imperceptibles, d’autre part, aide à formuler l’hypothèse que l’image nous demeure en partie inaccessible. Cette image d’un horizon des événements est un horizon des événements elle-même ; zone frontalière où ce que l’on perçoit échappe à chaque fois en partie à notre saisie, sorte de visualisation de la fin de la visibilité. (...) En somme, ce qu’il faut entendre dans ce souhait d’appliquer l’idée d’« horizon des événements » à l’image, c’est une volonté que soit désormais considérée moins l’idée d’un événement dans l’image, que celle de l’image comme événement ; soit comme ce qui vient, ce qui se produit, renvoyant ainsi à ses puissances figuratives et à son « acte d’image. Ces événements deviennent habitables et l’exposition permet d’observer ces entre-deux et ces points de jonctions que sont les images présentées. Ici, et à travers cette vision révélatrice de nouveaux espaces, les images montrent le paysage, sa contemplation et notre place en son sein. »


Anne Frédérique Fer, France Fine Art
« En s'appropriant le paysage, les deux artistes, dans un jeu de dialogue, dans un mouvement de l'image fixe et de l'image en mouvement, nous interroge sur notre perception à observer, à regarder. Là où il ne semble rien se passer, il y a tout à voir. »


Le voyage immobile
Texte de Marianne de Cambiaire
Doctorante au Laboratoire d’Études en Sciences des Arts, Aix-Marseille Université, Maison de la recherche
Ecologie et cinéma : nouveaux terrains théoriques
Décembre 2021
A propos de la vidéo éponyme commandée pour l’exposition

« En souvenir des Phantom rides et autres Panoramas du cinéma des premiers temps, associés aux moyens de locomotion modernes, on pourrait s’avancer jusqu’à dire que tout paquebot est une caméra en puissance. Vorace machine à travellings maritimes,gigantesque boitier prêt à accueillir l’impression du vague horizon sur ses multiples cadres internes, le paquebot rappelle la réversibilité caractéristique du cinématographe Lumière. Aussi bien projecteur que caméra, le cinématographe Lumière figure la poétique du voyage maritime qui plonge le passager tantôt dans la peau d’un spectateur (la mer à travers la vitre comme écran), tantôt dans la peau d’un cinéaste (chercher la chose à voir dans cet horizon bleu définitif). Dans Le voyage immobile, Juliette Guidoni place le spectateur à ce point précis où s’opère cette réversibilité : tantôt l’horizon est vu, tantôt l’horizon cherche à être vu. Il n’y a pas d’événement à proprement parler dans ces images, et cela, car c’est bien l’image elle-même qui est désignée comme l’événement. A force de chercher à capter le réel, à s’en faire une image, ne subsiste aucune possibilité d’en recevoir quelque chose. Dès lors, on comprend que le voyage immobile que nous faisons est celui d’une photographe et vidéaste en quête d’une éthique pour l’image. En effet, il ne s’agit pas de faire de l’image, soit une image que l’on constitue comme évènement, mais de faire exister cette attente qui est la condition d’apparition des images. L’événement ne serait pas l’image en elle même, mais la capacité que nous possédons ou non à laisser le réel opérer : un regard peut-être ? »


Le voyage immobile
Texte de Bruno Rosier

“Les propositions vidéos de Juliette Guidoni, photographe restent dans la continuité de ses réflexions autour de l’image et son temps décéléré. Avec leurs cadres fixes et leurs personnages immobiles, à contre-courant dans un décor du monde en perpétuel mouvement, la définition même du voyage s’inverse : dans ce temps figé, photographique, seuls les paysages se déplacent.”

2400 x 3600
Texte de Audrey Illouz

« Juliette Guidoni a une pratique de la photographie très singulière dans laquelle l’image fixe est mise à l’épreuve de la durée. L’installation « 2400 x 3600 » qu’elle a conçue pour son diplôme pourrait apparaître comme une micro-histoire de la photographie en 18 minutes et 12 images. Le titre de l’installation fait référence à l’un des formats de négatifs les plus communs, le 24x36. L’installation se compose de deux volumes dont les dimensions sont celles d’un négatif multiplié par cent, l’un horizontal et l’autre vertical, sur lesquels douze photographies argentiques préalablement scannées sont successivement projetées. Différents styles se succèdent : portrait flouté où la pellicule a été accidentée, métaphotographie où la vitre mise en abyme offre un cadrage, « instant décisif » où un enfant entre dans le champ... Ces images autonomes prises sur le vif témoignent des pérégrinations de l’artiste en Haïti comme à Paris. À travers la projection de ces images sur-dimensionnées, l’artiste nous offre une expérience de la durée : celle de la décélération qui va à l’encontre du flot d’images auquel nous soumet constamment l’écran. »